"Alpha Condé je l'ai soutenu quand il a été injustement emprisonné par Lansana Conté. Cellou Dalein Diallo, je l'ai soutenu à partir du moment où il a ete sauvagement réprimé au stade du 28-Septembre de Conakry" Thierno Monenembo

27/12/2017

L'actuel président Alpha Condé ne se prive pas non plus de dire que le retard de la Guinée est imputable à la France, et à son rôle dans l'histoire ?

Oui, Alpha Condé, qui a dirigé la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France (FEANF), et que j'ai connu en 1974, dit que tous les problèmes viennent de De Gaulle, de Senghor et d'Houphouët-Boigny. C'est là toute la lâcheté de nos dirigeants, qui ont toujours mis les problèmes du pays sur le dos des autres. Mais un pays doit s'assumer. À partir du moment où on a été décolonisé, on doit s'assumer. On ne quitte pas la prison pour se mettre devant la porte et s'engueuler avec le geôlier. Or, c'est ce que la Guinée fait depuis 1958. Sékou Touré a beaucoup glosé sur l'hostilité de la France, mais savez-vous que la Caisse centrale de coopération a continué à financer des projets bien après la rupture des relations diplomatiques entre la France et la Guinée, et que l'UTA (Union des transports aériens) et Ugine Péchiney n'ont jamais fermé leurs bureaux ? Et puis, d'autres sont venus après le départ de la France : tout le bloc soviétique, la Chine, Israël, le monde arabe, les États-Unis, l'Italie, la Grande-Bretagne, l'Allemagne. Tous ces pays nous ont aidés (je rappelle au passage que globalement l'aide américaine à la Guinée est dix fois supérieure à l'aide américaine à la Côte d'Ivoire). Mais on avait des vauriens au pouvoir. Cela, personne n'ose le dire. Ce n'est pas la faute de la France. La France, c'est jusqu'au 2 octobre 1958. Depuis le 3 octobre 1958, c'est nous.

Le président Alpha Condé est aussi un pourfendeur de ce qu'on appelle la Françafrique, ces réseaux de l'ombre entre la France et ses anciennes colonies françaises mis en place après l'indépendance et perpétués au cours de la Ve République…

Mais c'est lui, le chouchou de la Françafrique ! Si jamais ce cordon se coupait, il serait le premier à chuter. Sans la Françafrique, aurait-il pu accéder au pouvoir ? La Françafrique a triché pour lui, tout le monde le sait. Il n'a jamais gagné une seule élection en Guinée. Jamais. Il a été battu dès la présidentielle de 2010. Il n'a eu que 18 % au premier tour, tandis que son adversaire Cellou Dalein Diallo a obtenu 44 % des suffrages. Et, tenez-vous bien, il s'est écoulé six mois entre les deux tours ! La démocratie à la françafricaine, quoi !

Le sentiment anti-français tend à se renforcer dans divers pays ouest-africains, le percevez-vous en Guinée ?

Oui, mais c'est la mauvaise politique française qui le cultive. Dans les années 1960, dans le contexte des indépendances africaines, de la guerre d'Algérie, de la guerre froide, de Gaulle avait compris que sans l'Afrique, la France était fichue. Il a donc confié (à la hâte si j'ose dire) le dossier à Foccart qui en a fait ce qu'il a voulu. Il aurait fallu que les choses évoluent dans le temps. Or, cela n'a pas été le cas. Aucun locataire de l'Élysée n'a voulu appuyer sur le bouton « réforme ». François Mitterrand, par exemple, s'est pour une fois, très bien senti dans les chaussons de De Gaulle. À tel point qu'il a fait de son propre fils le cerveau de sa politique africaine. Son fils ! Incroyable !

Si dès l'arrivée de la gauche, la France avait pris soin d'établir enfin des relations rationnelles avec ses anciennes colonies, on n'en serait pas là. Que faire (en 2017 !) avec Denis Sassou N'Guesso, Paul Biya, Alpha Condé, etc. ?

C'est avec ces vieux dinosaures-là qu'on va fabriquer l'avenir ? En l'état actuel, les relations franco-africaines sont fondées sur l'arnaque et le copinage. Hélas, il n'y a personne (ni philosophe, ni journaliste, ni prêtre, ni bon samaritain) pour dénoncer cela. Vous, vous ne vous privez pas de dénoncer la Françafrique ! Vous l'avez fait notamment en avril dernier, lorsqu'Alpha Condé est allé faire ses adieux au président François Hollande, son « camarade » de l'Internationale socialiste… Quand j'en ai marre, je réagis. Je me dis qu'il est temps d'humaniser les relations franco-africaines, de faire en sorte qu'elles soient normales, placées sous le contrôle des peuples, et que les députés d'ici et de là-bas y aient un droit de regard. Dans un monde qui change de jour en jour, c'est la seule sphère où rien ne bouge. C'est incroyable ! Une mafia de Blancs et de Noirs mange et l'Afrique et la France. Ces gens ne servent aucun État, aucun principe, aucune cause. Ils roulent pour eux.

Vous êtes très remonté contre les hommes politiques…

Absolument, surtout contre les hommes au pouvoir. Les opposants, je les ménage. Je les soutiens quand ils sont réprimés. Alpha Condé, je l'ai soutenu quand il a été injustement emprisonné par Lansana Conté. Cellou Dalein Diallo, je l'ai soutenu à partir du moment où il a été sauvagement réprimé au stade du 28-Septembre de Conakry [en 2009, au moins 156 personnes ont été tuées et 109 femmes ont été violées selon l'ONU, lors d'un meeting de l'opposition pour dire « non » au maintien au pouvoir de Moussa Dadis Camara, NDLR]. Je continue de le soutenir parce que je considère qu'il est victime de manigances électorales et de stigmatisation malsaine.

Alpha Condé avait été critiqué pour avoir joué sur les divisions ethniques, cherchant le soutien de Malinké ou de Soussous, et stigmatisant les Peuls, la communauté de son adversaire Cellou Dallein Diallo. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Il y a eu des tentatives pour diviser les Guinéens, tribaliser le débat politique. Mais ça ne marche pas. Au niveau de la société, le tribalisme ne peut pas prendre, car il n'y a pas d'ethnie dans ce pays. Il n'y a pas une seule ethnie pure. On est brassés depuis le début, c'est-à-dire depuis l'empire du Ghana. Nous sommes tous des fils de Sarakollés ! Malgré tout, les tentatives de récupération se poursuivent. À son arrivée au pouvoir, Alpha Condé a favorisé les Malinké (la ville de Kankan à elle seule recevait jusqu'à 50 % des financements publics). Mais les Malinké l'ont lâché. Il a ensuite essayé avec les Soussous. Et maintenant, on voit que le gros de cette somme va vers le Fouta Djalon. Il tente de récupérer la communauté peule. Vous voyez la malhonnêteté ! Au lieu de faire une politique nationale de développement structurée, une politique d'intérêt national, il joue sur les divisions, à des fins purement électoralistes. Parce qu'Alpha Condé n'aime ni les Peuls, ni les Malinké, ni les Soussous, ni les Guerzés… Il n'aime que lui-même.

Source:le point.fr

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